3 Français dans le vent

 

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The Blue Circle, c’est l’histoire de 3 Français, Olivier Duguet, Jeff Peron et Gilles Beau, qui ont entrepris d’installer des centrales de production d’électricité éolienne en Asie du Sud Est. Des bâtisseurs de nouvelles cathédrales qui ne se laissent impressionner par aucune difficulté.

 

Quelle est l’histoire de The Blue Circle ?

Gilles Beau - The Blue Circle a été créée en 2012 par Olivier Duguet,  serial entrepreneur vert et l’un des pionniers du développement de l’éolien en France. En 2001 il a créé la Société Française d’Eoliennes (SFE), spécialisée dans les technologies propres – éolien et hydroélectricité- revendue en 2007. Avec The Blue Circle, il se relance dans l’éolien pour couvrir les marchés émergents de la Thaïlande, du Vietnam, de l’Indonésie et du Cambodge.


Comment décrire votre projet ?

The Blue Circle veut devenir un Producteur d’Energie Indépendant, c’est à dire une structure intégrée qui investit dans l’installation de centrales de production d’électricité dite « propre », essentiellement des éoliennes. Elle se rémunère au travers de l’exploitation de ces centrales pour produire de l’électricité qu’elle revend aux sociétés nationales de distribution.


Le fait qu’on ne parle plus de fermes d’éoliennes mais de centrales de production d’électricité révèle l’évolution du secteur qui, d’un positionnement de type alternatif, s’impose désormais comme une source d’énergie à part entière dont l’exploitation requiert des investissements très importants.

 

Comment êtes-vous organisés? 

Aux côtés d’Olivier Duguet, CEO de l’entreprise, Jeff Peron, directeur financier et spécialiste des fusions acquisitions, s’occupe de l’ensemble des aspects liés au financement des projets. Mon domaine à moi est celui de la technique. A nous trois, nous disposons d’une expertise acquise dans la gestion de gros projets en Chine, en Australie, aux Etats Unis et en Europe

 

Pourquoi l’éolien?

C’est dans l’éolien que notre valeur ajoutée est la plus évidente car cela demande plus de technicité et de capitaux dans la phase de développement L’éolien permet de produire de l’électricité propre, sans trace carbone. Aujourd’hui la technologie a beaucoup évolué et permet d’équiper des zones moins ventées avec des prix de revient très compétitifs. Si on ajoute les solutions qui se dessinent pour le stockage, rien ne s’oppose à ce que les technologies propres satisfassent un jour 100% des besoins et remplacent les énergies fossiles et le nucléaire.

De plus, l’éolien a un très faible impact sur l’utilisation des terrains nécessaires pour son implantation. Contrairement au solaire, la surface au sol est minimale et laisse place à la poursuite de l’agriculture jusqu’à la porte de chaque éolienne.

 

Quelle est l’ambition à long terme de The Blue Circle ?

Pour Olivier Duguet, l’énergie fossile est morte. L’avenir appartient aux énergies renouvelables et ce sont de nouveaux opérateurs qui vont émerger. Personnellement, je suis un passionné du vent au travers des sports que je pratique comme la planche à voile et le parapente. Mon engagement relève aussi d’une vision long terme concernant le monde dans lequel évolueront nos enfants. Est-ce qu’on continue à foncer  dans le mur, ou est-ce qu’on fait quelque chose maintenant ?  Il y a beaucoup de manière d’agir.  On peut le faire sur le plan diplomatique, dans le cadre d’une ONG, dans le domaine de la sensibilisation des jeunes et du public, sous forme d’entrepreneuriat privé. J’ai choisi de le faire sous cette forme. Mais attention, une centrale de production d’énergie éolienne, c’est un projet très lourd. On n’est pas dans le registre du business social, même si le projet est porté par une vision extrêmement stimulante.

 

Quelle est la situation des énergies renouvelables dans les pays d’Asie du Sud Est ?

A maints égards, la situation ressemble,  avec 15 ans de décalage, à celle de la France en 2000. Longtemps la faiblesse des vents en Thaïlande, lndonésie ou Cambodge a été un obstacle au développement de l’éolien. Aujourd’hui la technologie a suffisamment évolué pour que l’exploitation devienne rentable. Les pays sont très demandeurs. L’objectif du Vietnam est de produire 1000 mégawatts à partir de centrales éoliennes en 2020 et 6200 mégawatts en 2030.  

 

A quelles difficultés êtes-vous confrontés ?

Le développement de centrales de production d’électricité éolienne se heurte à d’importantes difficultés, à commencer par les aspects logistiques. Les éoliennes représentent des équipements extrêmement lourds. La nacelle, c’est à dire la partie qui, en haut de la tour, contient les générateurs, peut peser à elle seule une centaine de tonnes. Lorsqu’il faut acheminer par la route des parties d’équipement aussi lourdes, dont les tronçons peuvent atteindre jusqu’à 60 m de long pour les pales, cela exige des infrastructures (routes, ponts) de très bonne qualité. En Asie du Sud Est, la Thaïlande est le seul qui dispose de telles infrastructures. Le Vietnam évolue très vite. L’autoroute côtière est en plein travaux d’élargissement, mais dès qu’on en sort il faut prévoir des aménagements spéciaux.

Il y a aussi des restrictions qui sont liées aux réseaux de distribution d’électricité. Sur un plan technique, les réseaux existants dans les pays de la région sont assez faibles et permettent à peine de transporter l’électricité produite. Les opérateurs de réseaux ont parfois peur que l’électricité d’origine renouvelable (solaire ou éolienne) déstabilise leur réseau. Par ailleurs quand on identifie un territoire, il y a tout un travail à réaliser en concertation avec les occupants. On essaye d’avoir une approche différente en travaillant avec les communautés pour obtenir l’adhésion des parties prenantes.  On a choisi de s’appliquer pour celades conditions similaires à celles en Europe ou en Australie, qui sont plus contraignantes que les  normes existantes souvent très limitées.. Enfin des étudesenvironnementales sont systématiquement réalisées.

 

Que représente un projet typique dans le domaine de l’éolien?

Un programme de centrale éolienne d’une capacité de 30 mégawatts représente un investissement de 50 à 60 millions de dollars. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente la fourniture d’électricité pour une agglomération de 60. 000 maisons dans la région

 

Comment The Blue Circle finance-t-elle ses projets et son développement ?

L’électricité éolienne est souvent le fait d’acteurs privés qui signent avec les entreprises de distribution des contrats de rachat d’électricité à des prixgarantis. Ce sont ces contrats qui permettent de sécuriser des investissements réalisés sur des périodes longues avec une certaine variabilité. Le modèle de The Blue Circle implique de jongler entre les contraintes d’équilibre financier à court terme et des investissements dont le retour se fait sur des cycles de 20 à 25 ans. Dans le secteur, il y a 2 types d’acteurs,. Il y a les « développeurs  » qui se concentrent sur la phase amont : prospection et études de faisabilité, montage du projet, sélection des équipements etsécurisation juridique et contractuelle (lien avec les propriétaires et exploitants des terrains, contrat avec la société de distribution). Et puis il y a des sociétés d’exploitation qui réalisent la construction des éoliennes puis leur exploitation.  The Blue Circle couvre l’ensemble du spectre : celui de l’étude et celui de l’exploitation. Pour assurer son financement à court terme elle devra vendre certains projets finalisés à des sociétés d’exploitation et en garder d’autres en portefeuille dont elle assurera l’exploitation.

 

Singapour où vous êtes installés présente-t-elle un intérêt particulier ?

Singapour a la volonté de développer les énergies renouvelables, essentiellement le solaire car l’éolien n’est pas a priori une solution viable  compte tenu de l’exigüité du territoire et de la faiblesse de la ressource en vent.  Ce qui est intéressant sur place, c’est la proximité des partenaires financiers et la possibilité de recruter des personnes qualifiées.  C’est un écosystème intéressant. Dans le solaire, le SERIS (Solar Energy Research Institute of Singapore), par exemple, finance des programmes de recherche sur des technologies exploitables dans les contextes tropicaux.  La position géographique de Singapour au cœur de l’Asie du Sud-est en fait aussi une plateforme idéale pour gérer des développements sur toute la zone.